La Chute (ou quand Guillermo del Toro s’effondra lourdement dans la littérature vampirique)
La curiosité nous pousse parfois à nous tourner vers des séries qui n’auraient jamais dû exister. Lorsque j’ai commencé La Lignée, j’avais dans l’idée de mener une enquête absurde sur ces nouveaux romans dont les vampires sont les héros. Surfant sur la vague, Guillermo Del Toro – réalisateur dont j’aime au moins l’univers esthétique – a annoncé sa propre réinterprétation du mythe avec la volonté de prendre Twilight à contre-pied. Il y en avait assez de ces beaux gosses aux dents longues qui ne s’éveillent plus que pour traquer la pucelle, Del Toro s’est improvisé auteur pour mener sa mini révolution littéraire (tralalère). Et, sur le papier, on peut dire que le programme était alléchant : vampires dégoûtants, retour aux sources du mythe, histoire sombre et apocalyptique… Pour un lecteur qui s’intéresse aux vampires dans leur version horrifique, il y avait de quoi se laisser tenter.
Mais on ne s’improvise pas auteur, surtout pour faire de l’ombre à une série sans qualité. Conscient de ne pas être très très doué, notre cher Guillermo a fait appel à un vrai écrivain de thriller : Chuk Hogan, aka l’écrivain-super-bon-que-personne-ne-connait. Nous pouvons nous demander pourquoi s’adresser à un inconnu sans talent manifeste lorsqu’on a la notoriété de Del Toro… Le gros mexicain aux lunettes rondes aurait-il fait fuir les plus grands en faisant le résumé de son idée ? « Alors tu vois je vais écrire une série qui sera un mixe de Bram Stoker et Romero pour montrer aux gens que Twilight c’est trop nul ! ». Oui. Il est aisé d’imaginer le désarroi de Stephen King face à un scénario aussi osé.
Ainsi, pauvres lecteurs que nous sommes, nous nous retrouvons avec, entre les mains, un thriller fantastique aussi creux que peut l’être la lecture d’un scénario de film américain un peu bateau. Tous les ingrédients sont là pour faire baver un spectateur peu exigent au cinéma. Et… et ce sera tout. Pourquoi ne pas en avoir fait un film directement ? Del Toro a peut-être rêvé d’un succès aussi grand que celui de Stéphanie Meyer. Mais notre ami s’est un peu raté en oubliant que le public qui n’apprécie pas les romances de vampires à deux sous sera tout autant contrarié par un livre qui sera le concentré des clichés du genre opposé.
Revenons cependant sur le premier Tome, La Lignée, qui avait tout de même quelques arguments séduisants. Un avion se pose sur la piste d’un aéroport et il s’avère que les gens à l’intérieur sont tous morts, foudroyés par un virus étrange et non identifié (Romero, un commentaire ?). En fouillant un peu, les chercheurs découvrent aussi un cercueil rempli de terre, car oui, en 2009 Dracula est un vampire moderne. Le bateau, c’est dépassé. Et quel intérêt d’aller envahir la Grande-Bretagne lorsqu’on peut débarquer à New-York pour créer un film à sensation, je vous le demande ! Evidemment, nous découvrons très vite que les morts étaient en fait vivants (horreur !) et les vilains se sauvent de la morgue pour aller faire un petit coucou aux humains.
Si le style est très plat, le scénario se défend un peu en donnant au lecteur une vision plutôt originale des vampires. Les créatures de la nuit attaquent avec leur langue, ont l’intelligence d’un zombie vaguement évolué et envahissent le corps de leurs victimes pour les transformer avec les vers blancs tous frétillants qui se trouvent dans leur sang. Pas de doute, nous sommes bien quelque part dans la tête de Del Toro. Mais ensuite ? Ensuite ça ne ressemble qu’à un mauvais livre de zombie en fait. La tension ne monte pas un seul instant, et on poursuit moins la lecture pour la terreur qu’elle nous inspire que pour chercher quelques révélations intéressantes sur les vampires. Autant le dire tout de suite, il n’y en aura pas. Mais nous pourrons joyeusement nous attarder sur des héros à la psychologie creuse qui rappellent curieusement les archétypes du film américain d’action qu’on ne va voir que pour se marrer un coup…
Le Juif Polonais Vengeur :
X-Men a Magneto, La Lignée a Abraham (on sent la volonté de faire bien juif) Setrakian (pour le côté exotique sans doute, ou parce que ça donnait un nom complet rigolo). Et, alors qu’il était enfermé dans les camps par les méchants nazis, Setrakian découvrit un phénomène très étrange, un vampire se croyant au fast-food venait tous les soirs sucer le sang des juifs mourants. C’est donc en toute logique que notre petit juif, au lieu de s’en prendre aux nazis, a décidé de chasser les vampires qui s’amusaient à tuer ses potes avant leurs tyrans. Parce que franchement, manger les jouets des autres, c’est pas cool.
Nous nous retrouvons donc avec un vieux juif chasseur de vampire qui a un petit compte à régler avec son passé. Diantre, en voilà de l’originalité. Mais attendez un peu, vous verrez que ces histoires de nazis ne s’arrêteront pas là. Les américains aiment les aventures qui prennent racine durant la seconde guerre mondiale, surtout lorsqu’il s’agit de brosser un scénario complètement invraisemblable dessus.
L’américain type qui sera le héros
Il s’appelle Ephraïm. Cette fois, le nom hébreu n’est là que pour l’aspect fashion. Et ce sera la seule originalité du héros. C’est l’épidémiologiste qui va suivre le vieux fou dans son histoire de vampires. A part cela, nous avons droit à l’homme divorcé qui aime encore un peu sa femme et dont le seul but dans la vie sera de protéger son fiston. (Zack). Bon par contre la femme se fait transformer en cours de route et essayera de capturer le fils pour faire un joyeux drame familial inutile au milieu de cette fabuleuse aventure !
Le faire-valoir féminin
Bon bon, comme la femme d’Ephraïm meurt rapidement, il était nécessaire de mettre un élément féminin dans cette aventure afin d’avoir quelques scènes un peu coquinettes. Elle s’appelle Nora j’sais-plus-quoi, elle est épidémiologiste aussi histoire de dire qu’elle n’est pas trop neuneu quand même… Et… voilà.
Le russe bourrin
Comment parler de nazi sans mettre un personnage russe dans l’aventure ? Bon, en fait, il est ukrainien. C’est un dératiseur. Les vampires ayant envahi les égouts pour fuir le soleil la journée, notre pauvre Fet s’est retrouvé sans emploi. Aucun problème ! Il découvrira très vite que finalement, entre les vampires et les rats, point de différence majeure, nous sommes face à des nuisibles comme les autres ! Ses grandes connaissances dans le domaine sortiront nos héros de bien des mauvais pas. Eh oui, en cas d’invasion de morts-vivants en tout genre, pensez à appeler un dératiseur, il saura quoi faire ! Fet tient le rôle du personnage cool qui s’en va chasser les vampires en trouvant ça fun parce que c’est un gros bourrin. C’est un peu le leader charismatique du groupe… Prometteur n’est-ce pas ?
Le méchant qui est méchant parce que personne ne l’aime
Le méchant est méchant parce qu’il est handicapé et puceau. Palmer est un vieil homme très riche qui méprise l’humanité toute entière et ne voit par conséquent aucun inconvénient à l’idée de la détruire. Mais comme il n’est pas très malin nous nous doutons bien qu’il se fera entuber par le grand méchant du livre : Le Vampire ! Bon et comme je trouve inutile de faire une partie sur celui qui est appelé Le Maître, je dirais juste que son but est de régner sur la terre entière en gardant un stock de chair fraîche à portée de langue.
Marilyn Manson (qui se demande encore ce qu’il fiche là)
Il est vrai que, pour le coup, mettre un personnage dont la description ressemble trait pour trait à celle de Marilyn Manson n’est pas tout à fait attendu. Mais… avouons que prendre une rock star clichée au possible (dans la manière dont il est décrit) pour en faire un vampire, est particulièrement ridicule. A ce moment, j’ai commencé à me demander si je n’étais pas dans une parodie du genre. Mais non, tout cela est très sérieux. C’était la petite touche dark apparemment.
Voilà, les personnages du tome 1 sont posés. Que du beau monde comme vous pourrez le constater ! A la fin, j’avais cependant une petite note d’espoir pour la suite. Il nous est en effet expliqué que les nouveaux vampires ne resteront pas aussi débiles que des zombies très longtemps. L’espèce connait une évolution rapide et gagne chaque nuit un peu plus en intelligence, de quoi donner un ennemi relativement redoutable à affronter. C’est ce qui m’a poussé à acheter le deuxième tome deux ans plus tard (et d’occasion, il ne faut pas non plus exagérer). Je me suis dit qu’il serait peut-être possible d’en faire une lecture de vacances agréable… Comme je me trompais ! Je crois qu’il s’agit de ma plus mauvais expérience « littéraire » de l’année. Et pourtant, après l’Heptameron et la Mort d’Artemio Cruz, la barre était mise assez haute. Mais, pour les deux titres suscités, il y a forcément une satisfaction lorsqu’on arrive au bout. On a le sentiment d’avoir accompli un petit exploit en achevant une lecture plutôt enrichissante. En refermant La Chute (un titre cruellement représentatif) je me suis dit que j’avais perdu mon temps.

"Comment, La Lignée a une suite ???"
Disons le tout de suite, si le premier tome avait quelques arguments pour laisser espérer une suite qui prendrait son envol, La Chute projette tout au sol dans une bouillie de sang et de chair putréfiée tout à fait indigeste. Le style est toujours aussi pauvre, les dialogues ne relèvent pas le niveau (on se croirait dans un film de série b) et le scénario tourne au grand n’importe quoi. D’ailleurs, si un film sort un jour, ne cherchez pas sa logique dans le livre, le scénario est déjà prévu pour un film d’action nanardesque où tout le monde réagit un peu n’importe comment. Nos deux malheureux auteurs ont même eu l’idée très foireuse de multiplier les points de vue. Les personnages de base n’étant pas assez intéressants, ils ont trouvé pertinent d’ajouter une kyrielle de personnages secondaires dont tout le monde se fiche éperdument (certains apparaissent même en focalisation interne au début d’un chapitre pour mourir la page suivante…). Et hop, ça change de personnage toutes les deux pages pour raconter des choses sans intérêt et dissimuler grossièrement l’absence de scénario… Bah oui, il fallait faire une trilogie, donc autant ruser pour tenir trois tomes. Quand on n’est pas fichu de développer la psychologie d’un personnage, on le noie derrière les autres, c’est bien connu.
Je sais que vous mourrez déjà d’envie de connaître les nouveaux intervenants. Donc je vais vous les donner sans plus attendre. Ils envoient du rêve !
Les mexicains du Bronx
Ils sont recrutés pour casser du vampire par les vampires qui cherchent à arrêter le Maître. Le gang des vilains délinquants se met donc au service des gentils et troque ses battes de baseball et poings américains pour des dagues en argent du plus bel effet. Pour la tenue, nous garderons les baskets et le baggy. Oui oui je sais, ça ressemble à une parodie mais tout cela est très sérieux.
La star déchue du catch
Autre nouvel aventurier fashion, le catcheur que tout le monde a oublié depuis qu’il s’est abîmé un genou dans un film où il jouait les chasseurs de vampires (restons dans le ton tout de même). Sa grande particularité était de ne jamais montrer son visage en le gardant caché derrière un masque… Car Guillermo a écrit son histoire devant les matchs de la WWE (ce qui explique beaucoup de choses).
Les enfants-vampires aveugles
Un bus de petits aveugles est transformé pour constituer l’escouade d’élite du Maître. La seule explication étant : « ils sont aveugles donc ils s’orientent plus facilement ». Mouais. Personnellement je n’y vois qu’un prétexte douteux pour ajouter des enfants démoniaques à l’histoire. Après tout, ce ne sera qu’un cliché malheureux de plus.
Le méchant vampire nazi
Le voici enfin, le méchant vampire nazi que nous attendions tous depuis le début ! Evidemment, il s’agit d’une vieille connaissance de Setrakian… Et il se fera tuer après une conversation pleine de bravoure et de ridicule par le vieux juif vengeur avant la fin du roman. On découvrira aussi que Fet est le petit fils d’un nazi, pour l’anecdote sympa inutile.

"Les Vampires millénaires virent tout de suite que ce jeune homme était le sauveur de la situation."
L’histoire se déroule désormais dans un New-York post-apocalyptique. Le décor est posé en deux minutes (sans succès) et l’action ne décollera jamais. Je ne sais même pas comment vous présenter les choses tellement ce roman n’a ni queue ni tête. A vrai dire, je crois que ma mémoire est en train de tout effacer pour me convaincre que non… non… je n’ai pas lu ça.
Je vais donc me contenter de relever quelques passages assez forts dans le wtf.
Il fallait donner un rôle au pauvre élément féminin de l’histoire. Comme Zack est menacé par sa maman-vampire, Ephraïm suggère à Nora de l’emmener loin de la ville. Autrement dit : de partir seule, sans défense, dans un pays infesté de monstres, alors que la maman-vampire peut traquer son fils n’importe où à cause du lien qu’elle partage avec lui. En voilà un père responsable ! Ephraïm se justifie en disant à Nora qu’elle n’est d’aucune utilité ici et qu’il tient à ce qu’elle reste en vie. Il n’en faut pas beaucoup plus pour convaincre notre élément féminin qui s’en va même chercher sa mère pour le grand voyage. Frappée d’Alzheimer, la mère surgit de nulle part pour créer un grand dilemme… “Dois-je sauver ma mère malade ou le fils de mon amoureux ???”
Bien sûr, le train dans lequel tout le monde embarque est attaqué par les vampires en passant sous un tunnel et la mère de Zack se trouve parmi eux. Alors que tout le monde fuit, Nora trouve plus intelligent de protéger sa mère. Elle abandonne donc Zack dans un coin en lui disant de ne pas bouger pour mettre en sécurité une vieille qui perd la mémoire… Non parce que, un gamin de onze ans ne peut pas suivre une vieille qui marche à deux à l’heure, c’est bien connu. Lorsque Nora revient sur ses pas, Zack a disparu, quelle surprise !
Il s’agissait là de l’exemple type d’une scène illogique qui ne sert à rien mais qui se trouve être le grand rebondissement de l’histoire. “Hiii non, mon dieu, le petit Zack qui était poursuivit par sa maman dès les premières pages a été capturé malgré toutes les mesures mises en place pour le protéger ! Diable, quelle triste surprise !”
Dans un même temps, notre joyeuse petite bande découvre qu’un livre légendaire sur les vampires pourra peut-être les aider à détruire Le Maître. La survie de l’humanité dépend donc d’une vente aux enchères et d’un livre d’ésotérisme vieux de 2000 ans. Folie ! Et il se trouve que le Maître lui-même veut s’emparer de l’ouvrage. Pour cela, il fait appel à son puceau milliardaire qui pourra bien vider tout son compte en banque dans un tel achat. Mais c’était sans compter une discussion pleine d’émotion entre Ephraïm et Palmer quelques heures plus tôt. Ephraïm fait comprendre à notre ami mégalo que Le Maître le manipule et ne tiendra jamais la promesse qu’il lui a fait de se transformer en vampire. Diable, c’est que notre milliardaire était un peu trop neuneu pour y penser ! Et le voilà qui, au milieu de la vente - alors que les pauvres lecteurs réalisent qu’aucun personnage n’a trouvé un plan crédible pour s’emparer du livre – décide de faire une farce au Maître en bloquant les accès du compte. Les gentils peuvent donc partir avec le livre, et le méchant Palmer – qui a enfin trouvé son utilité pour combler un vide scénaristique – finira vidé de son sang.
Pour une raison que je n’ai pas très bien comprise non plus le Maître a aussi décidé de faire exploser les centrales nucléaires. Tchernobyl c’était lui ! Ainsi, les ténèbres s’abattront sur la terre ! Tout cela est très bien mais il faudrait expliquer comment les humains pourront survivre sur une terre stérile… Même si en fait, les nazi ont donné des idées aux vampires avec leurs camps de concentration est qu’il est prévu de les remettre au goût du jour pour l’humanité tout entière ! Nucléaire… Nazis… Le contrat des grands sujets à sensation est rempli !
Le catcheur nous quitte à la fin de ce fabuleux roman pour retourner dans une centrale sur le point d’exploser avec son masque de fer parce qu’il s’imagine soudain qu’il est en train de tourner un film. L’homme était parfaitement sain d’esprit quelques pages avant mais enfin, je le redis, il ne faut surtout pas essayer de creuser la psychologie des personnages de ce roman. Et, comme nous allons de surprises en surprises, Setrakian se retrouve transformé en vampire et… et… La suite au prochain tome !
Il faut aussi que je précise que pendant ce temps, c’est le grand chaos partout ailleurs, l’Iran attaque Israël, l’Inde attaque l’Iran, la Corée du Nord attaque la Corée du Sud, enfin, Guillermo fait tout son possible en deux trois lignes pour nous montrer qu’il connait très bien la situation géopolitique actuelle et qu’il a pensé à tout !
J’ai presque honte d’avoir lu ce livre. Il me semble heureusement que cette série médiocre n’a pas rencontrée le succès espéré et que le troisième tome passera probablement encore plus inaperçu que le deuxième. Mais méfions nous, Del Toro est capable de commettre un film qui pourrait bien ruiner sa carrière. En un sens, j’aimerais qu’il ose aller jusqu’au bout juste pour rire un bon coup au cinéma.
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Allez savoir pourquoi, je ne résiste pas aux romans britanniques de la première moitié du XXe siècle, et en particulier lorsque l’action se situe hors de l’Angleterre. J’aime l’ambiance qui se dégage des pages de ces livres qui se contentent, au final, de suivre des personnages peu extravagants dans les tableaux quotidiens de leur époque. Mais j’aime l’atmosphère de cette époque où les gens avaient encore cet esprit naïf qui faisait un grand moment de n’importe quel petit événement. Les auteurs britanniques ont par ailleurs un art certain pour poser le décors et explorer dans les moindres détails la sensibilité de leurs personnages. Malheureusement, la plupart de ses romans ne sont plus édités aujourd’hui (ou très difficiles à trouver).
Alors je me perds chez les bouquinistes. Lorsque je suis tombée sur un livre de Richard Llewellyn, j’ai tout d’abord été attirée par son nom gallois. L’histoire se passait au Pays de Galles, il ne m’en fallait pas plus pour prendre ce petit livre vert à la tranche orangée. Le Pays de Galles et moi, c’est une longue histoire, même si j’en retiens essentiellement l’héritage celtique, mais je vous en parlerais peut-être plus tard.
Et ce roman a traîné près de deux ans à côté d’autres livres à lire sur ma bibliothèque (mais c’est un délai d’attente assez raisonnable, croyez-moi, pour tous les livres que j’achète). A l’avouer, je craignais malgré tout de m’ennuyer. Quand le résumé promet les folles aventures d’une famille de mineurs, la motivation de se lancer a tendance à manquer.
Finalement, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. En fait, je n’avais pas été emportée de cette manière par un roman depuis bien longtemps. Tout est raconté à la première personne, du point de vue de Huw (dire You), un petit garçon que l’ont suit jusqu’aux premières années de l’âge adulte. L’auteur utilise cette méthode pour nous faire redécouvrir la vie, le monde de la mine, les traditions galloises d’un regard neuf. Nous nous retrouvons plongé dans un village gallois aux mœurs arriérées, très croyant, au code de l’honneur exagérément poussé, qui pourrait être détestable si le regard du narrateur n’avait pas cette tendresse qui excuse tout. Cependant, Huw observe tout d’un œil critique et intelligent, ce qui accompagne les pages de réflexions très bien vues sur les hommes, le rôle des traditions, des croyances, l’évolution industrielle… Faut-il condamner ou non ? Llewellyn ne donne pas de réponse clair. Chaque point de vue s’oppose et se défend. Chacun pourra se faire son opinion.
Si vous trouvez ce titre au milieu de vieux livres, je vous le conseille vivement. Je vous laisse néanmoins avec quelques citations qui m’ont plu et qui, je pense, parleront bien mieux du contenu de ce roman que je ne pourrais le faire.

Huw entre son père et sa mère après une bagarre à l'école (Tiré du film de 1941)
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Extraits :
+ Il n’y a pas de barrières ni de haies qui nous séparent de notre passé. Vous pouvez y retourner comme bon vous semble, si votre mémoire vous le permet.
+ Si je n’avais pas commencé à réfléchir, à découvrir moi-même les choses, j’aurais pu avoir une vie, en apparence, plus heureuse peut-être, jouir d’un plus grand respect.
Mais, bonheur et respect n’ont guère de valeur car, à moins qu’ils n’aient pour cause les motifs les plus vrais, ils ne sont que leurre. La réussite vaut à un homme le respect du monde, quels que soient ses dispositions d’esprit, ou les moyens qu’il a employés. Mais quelle valeur accorder à pareil respect ? Et quel bonheur intérieur cet homme là peut-il connaître ? Et s’il s’accommode de ce prétendu bonheur, son état me parait inférieur, son contentement de soi plus vil que ceux du plus abject animal.
+ Et fait, j’ai tout découvert à la façon des petits garçons qui veulent savoir ce que les grandes personnes tiennent à leur cacher, c’est à dire en m’adressant à d’autres petits garçons.
- Maman, est-ce que vraiment tu les tuerais ?
- Oui, Huw, certainement.
- Mais Papa dit que dans la Bible il est défendu de tuer.
- Oui, c’est dans la Bible. Mais dans la vie, c’est différent.
+ Que c’est drôle de se réveiller ainsi et de ne pas se retrouver soi-même !
Bien que vous ayez l’impression d’être comme d’habitude, il vous manque quelque chose et vous vous demandez où vous êtes, ce qui vous arrive, et vous vous sentez désemparé. Des images se présentent à vos yeux, mais elles ne correspondent à rien ; votre nom, lui-même, vous échappe. Et, soudain, ce vide vous effraie, et vous vous mettez à crier pour vous sentir moins abandonné.
L’homme est lâche devant la solitude ; il redoute de se retrouver seul et face à lui-même ; mais lorsque ce lui-même, lui aussi, lui échappe, il est terrifié. Je me demande dans quelles régions vagabonde notre moi, quand nous sommes dans cet étrange état.
Je voulus hurler.
Mais aucun son ne sortait, et ceci me bouleversa encore davantage. J’avais beau essayer, rien ne sortait.
Vous ne connaissez pas la peur, si vous n’avez jamais perdu la notion de vous-même, ni votre propre voix.
Voilà la véritable peur. Elle est terrifiante.
+ On dit beaucoup de sottises sur l’amour. Mais, pour la plupart, ce sont ceux qui ne l’ont jamais connu, ou qui n’ont pas su l’inspirer.
+ Il me semble que l’existence humaine n’est guère plus qu’un croquis, esquissé sur le Temps, sans grande réflexion, avec peu de soin, ni aucun sens du dessin.
+ (A l’adresse du pasteur : ) “Vous prétendez être les bergers du troupeau et, cependant, vous permettez que vos brebis vivent dans la crasse et la pauvreté et tout ce que vous savez répéter, c’est que telle est la volonté de Dieu. Troupeau de brebis en vérité. L’homme a été créé à l’image de Dieu. Dieu est-Il une brebis ? Si oui, alors je comprends pourquoi nous sommes tous de damnés crétins.”
+ Certes, je connais l’envie du meurtre. Elle est brûlante, trop, pour être gardée à l’intérieur ; elle monte à la tête et elle dévaste là où elle passe, desséchant la gorge, de sorte que le souffle devient saccadé et sort avec un bruit sourd. Un tremblement vous saisit, vos yeux se voilent, non de larmes, mais d’un brouillard qui intercepte votre vue et, dans les ténèbres, le désir vous tourmente de saisir la chair entre vos doigts, de la déchirer jusqu’à ce que le sang jaillisse, ou de prendre un couteau et de l’enfoncer jusqu’à ce que la pointe s’émousse, ou de vous emparer d’une arme et de frapper jusqu’à en être épuisé, de broyer, de poignarder, d’étrangler, d’écraser, de tuer, de tuer, de tuer. Oh ! Certes, je connais ce sentiment.
+ Il est dur de souffrir à cause des gens stupides. Vous les plaignez et votre pitié, l’emportant sur vote douleur, vous ne souhaitez plus leur infliger de châtiment car leurs yeux ressemblent à ceux des chiens qui se sont mal conduits, qui le savent et qui ont peur.
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Un air de liberté
Je n’ai pas l’habitude d’écrire des textes aussi courts que celui-là avec un mot, et un temps limité pour trouver une histoire à raconter. Pour cet exercice, il fallait penser à la liberté. Je n’ai pas retouché grand chose parce que cette folle cascade de mots doit tout à la spontanéité avec laquelle elle a finalement jailli de mon imagination. J’avais dans l’idée d’écrire quelque chose qui ne soit pas contrôlé, ni par l’esprit, ni par les codes du récit pour pousser la liberté à son extrême limite, celle de l’aliénation. Prendre un mot, et trouver son absolu.
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Ce n’était finalement pas difficile
Il suffisait de taper fort sur la boite
Et de laisser une explosion d’étincelles
De rage et de couleur détruire la cage
La briser jusqu’au craquement de trop
Sens ce cœur qui bat en moi
Il est lent
La peur s’en est allée
Je ne sens plus la poussière du monde
D’acier
J’ai fui et
Vous resterez.
Je ne reviendrai pas sur mes pas pour vous sortir de là. C’est impossible. Vous êtes coincés. Là-bas. Entre deux bombes. Le couteau sous la gorge.
Je vous vois
Adossés aux murs frémissant
Hurlant les vertèbres
Dégoulinant de sueur
On vous a pris votre peau
Elle est quelque part sous vos os
L’esprit se décompose et vous gisez
Quelque part
L’œil ébloui par ces lumières
Qui ne s’étouffent jamais la nuit le jour toujours là-bas là où je vous ai abandonnés et il n’y a plus rien à espérer pour vous
Ni pour moi
Devant moi le feu des néons danse encore
Rose mauve bleu orangé
C’est un beau crépuscule
J’entends les sirènes au bord
De la mer lointaine
Et toute mon existence s’égrène
Derrière moi
Elle se réfugie dans la vie empaquetée que je dissémine aux quatre vents sur cette terre désolée qui a décimé mes pensées
Savoir partir sans regarder en arrière
C’est ce qu’on dit et ça tombe bien je n’ai rien à regretter pas même un chien j’ai oublié ma vie je ne l’ai pas vécue c’était quelqu’un d’autre quelqu’un comme vous encore perdu dans les ténèbres et moi je ne vois plus que des couleurs c’est beau tout est flou et se confond l’émotion est forte mais le cœur est lent
Je me sens bien
Il est temps de se reconstruire
Peut-être
Mais qu’est ce que c’est se reconstruire sinon que s’imposer de nouvelles entraves ?
Je ne sais pas
Ma cage est brisée et je sens qu’on veut me capturer qu’on me poursuit pour me ramener là-bas alors que je ne vais nulle part c’est parce que j’ai laissé ce fil rouge ou blanc sous mes pas c’est dommage j’ai oublié de le ramasser on m’a attaché quelque chose que je ne peux pas arracher
Et si je me retourne, là-bas, c’est derrière moi, juste derrière moi, et toutes les lumières me fixent. Les sirènes pleurent. Je sais, la mer est loin, l’horizon invisible. J’ai fait deux pas mais je crois qu’ils ne me prendront pas, parce qu’il est impossible de revenir. J’ai fait deux pas, mais ils ne me retrouveront pas. Le marteau est à mes pieds. J’ai mal au crâne, mon buste est en morceaux. Je tombe encore. Je ne sais plus ce qui s’est passé, je ne sais plus ce que j’ai fait, je ne sais plus. Il n’y avait rien d’autre à faire. La liberté, c’était bien, mais je crois qu’elle n’existe pas plus que ma…
FIN.
Unity Eiden
Juin 2011
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Le premier Article.
Je ne sais pas pour vous mais j’ai souvent l’impression qu’il faut écrire un truc particulier dans le premier article d’un blog personnel, quelque chose pour essayer de répondre plus ou moins heureusement à la question “pourquoi ce blog” en rejetant toute motivation égocentrique.
J’ai l’impression que ce premier article me nargue. Il me met mal à l’aise. Je n’ose pas commencer à entrer dans le vif du sujet, comme ça, d’entrée de jeu, alors que ce blog est encore vide. C’est angoissant. Vous vous imaginez entrer dans une pièce devant une assemblée inconnue et déballer votre vie, sans un bonjour ?
Je ne peux que valider un article inutile dont la seule fonction et ambition est de vous dire, d’une voix que vous imaginerez claire et chantante : Bonjour ! Et j’espère que vous apprécierez cette politesse. Maintenant, il est temps de faire comme si vous n’existiez pas pour vous raconter ce qu’il me plaira.
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